Les soirs de match, forcément, il arpente
les coursives. Avec la démarche tranquille de l'hôte attentif aux détails et
au confort des invités.
Sa silhouette se détache ainsi parfois tout près de la glace. Jamais
près du banc pour ne pas gêner et mélanger les genres, mais tout près de la
glace tout de même. Bras croisés en transparence derrière le plexi, les
doigts qui s'agitent et on ne jurerait pas, à voir ses yeux suivre le
« puck » avec avidité, que l'envie de dégager un palet qui traîne
dans la zone défensive ne le titille pas encore un peu.
Une trentaine de sélections
en équipe de France
Ce n'est pas parce qu'on a mis un
terme à sa carrière, « sans regrets ni remords », qu'on est
soudainement devenu insensible à l'ambiance qui règne autour de l'aire de
jeu. Et que, comme par enchantement, on ne se souvient plus de la douce
torture de l'adrénaline qui s'insinue dans les veines au moment d'entrer sur
la glace et qui reste là jusqu'au premier choc.
A 32 ans, Allan Cariou n'a évidemment rien oublié de ces sensations-là.
Mais désormais, les soirs de match, il se dédouble. Un oeil sur le palet,
l'autre sur la surfaceuse ou dans les tribunes, nouvelle déformation
professionnelle oblige.
« Ma carrière de joueur, c'est désormais de l'histoire ancienne,
confirme-t-il. Je suis passé à autre chose et je ne regrette rien. C'était le
bon choix, même si j'aurais pu me faire plaisir encore quelques années c'est
sûr. Mais, j'ai eu cette opportunité d'entrer chez « Vert Marine »
et de gérer cet équipement qui allait naître. Je n'ai pas beaucoup hésité
parce qu'une offre comme ça ne se présente pas tous les jours ».
Il y a à peine trois ans, le quintuple champion de France, d'abord chez
les Dragons de Rouen puis chez les Scorpions de Mulhouse, range donc crosses,
casque et gants dans un placard. Bref, toute sa panoplie de défenseur.
Il y a ajouté ses trophées et ses souvenirs. Sa trentaine de sélection
en équipe de France, ses trois championnats du monde seniors, ses deux
« Mondiaux » juniors et les images des Jeux Olympiques d'hiver à
Salt Lake City en 2002 disputés le coq sur la poitrine.
« L'ouverture de la patinoire
m'a mangé tout mon temps »
Un C.V. à faire pâlir n'importe quel
joueur de l'effectif actuel et une expérience dont aurait pu bénéficier
l'Étoile Noire en Magnus. On ne peut évidemment s'empêcher de penser ça et de
lui dire, on n'est pas les premiers.
« Il faut être lucide, je n'aurai eu ma place qu'à la seule
condition de m'entraîner autant que les autres, dit-il pourtant. Là, j'aurais
fait quoi ? Je me serais entraîné une fois sur deux, j'aurais été
mauvais et au final tout le monde aurait été déçu, le club, les spectateurs
et moi. L'ouverture de la patinoire m'a mangé toute mon énergie et tout mon
temps depuis deux ans, je ne pouvais rien envisager d'autre ».
Alors de temps à autre, pour pallier le manque qui le tenaille quand
même, il s'offre quelques séances de shoots en solitaire. L'été surtout, en
soirée, quand la patinoire est désertée. Le reste de l'année, c'est le nez
dans le guidon, sans beaucoup le relever.
« Je suis passé de deux heures d'entraînement par jour en tant que
joueur, c'est à dire obnubilé par l'aspect sportif avec simplement ma
personne à gérer, à 15 h de travail par jour et 19 employés à manager,
ce n'est plus tout à fait pareil. Sans parler des difficultés au quotidien
qu'il y a à lancer un gros vaisseau comme celui-ci ».
Il est vrai que pour une première expérience, l'ancien Rouennais (il a
passé 24 ans dans son club formateur) a été servi. Avec rien moins pour
débuter que la première patinoire de France. En terme de surface de glace
(160 m²) comme de fréquentation. Une sacrée formation accélérée.
« La première année, nous avons réalisé 150 000 entrées,
explique-t-il, et il a fallu gérer cet afflux, que les choses se mettent en
place. Régler les soucis de files d'attente qu'il y avait à l'ouverture et
assurer la sécurité des usagers. Tout ça a été fait, à tel point
qu'aujourd'hui nous avons un taux de satisfaction de 90 % chez les
usagers ».
Un autre défi de taille
Désormais cet énorme paquebot, enfin
cet iceberg, a trouvé sa vitesse de croisière. Et bouclé une deuxième année
moins dense que la première, mais tout de même très satisfaisante (« La
baisse a été générale, 8 à 10 % chez nous, ailleurs c'est plutôt 20 à
30 % »).
Aujourd'hui, et à trois ans de la fin de délégation de service public
octroyée par la CUS, il lui reste un autre défi, de taille, à assurer :
la pérennité du bâtiment.
« Il faut qu'il reste dans cet état et c'est une bataille de tous
les jours, explique le directeur du site. Il y a l'humidité naturelle qu'il
faut combattre, mais aussi les dégâts liés aux coups de patins sur les murs ou
les moquettes, etc. Le ménage est une tâche importante dans ce genre
d'équipement ». Comme au hockey quand on joue en défense finalement...