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Sports de glace - Alsace
Hockey sur glace / Allan Cariou, ancien international et directeur de la patinoire de Strasbourg

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Au sommet de l'Iceberg

Cinq titres de champion de France, trois championnats du monde et une participation aux Jeux Olympiques avant une retraite (sportive) à... 29 ans. Allan Cariou est un directeur de patinoire atypique.

Les soirs de match, forcément, il arpente les coursives. Avec la démarche tranquille de l'hôte attentif aux détails et au confort des invités.
 Sa silhouette se détache ainsi parfois tout près de la glace. Jamais près du banc pour ne pas gêner et mélanger les genres, mais tout près de la glace tout de même. Bras croisés en transparence derrière le plexi, les doigts qui s'agitent et on ne jurerait pas, à voir ses yeux suivre le « puck » avec avidité, que l'envie de dégager un palet qui traîne dans la zone défensive ne le titille pas encore un peu.

Une trentaine de sélections
en équipe de France

 Ce n'est pas parce qu'on a mis un terme à sa carrière, « sans regrets ni remords », qu'on est soudainement devenu insensible à l'ambiance qui règne autour de l'aire de jeu. Et que, comme par enchantement, on ne se souvient plus de la douce torture de l'adrénaline qui s'insinue dans les veines au moment d'entrer sur la glace et qui reste là jusqu'au premier choc.
 A 32 ans, Allan Cariou n'a évidemment rien oublié de ces sensations-là. Mais désormais, les soirs de match, il se dédouble. Un oeil sur le palet, l'autre sur la surfaceuse ou dans les tribunes, nouvelle déformation professionnelle oblige.
 « Ma carrière de joueur, c'est désormais de l'histoire ancienne, confirme-t-il. Je suis passé à autre chose et je ne regrette rien. C'était le bon choix, même si j'aurais pu me faire plaisir encore quelques années c'est sûr. Mais, j'ai eu cette opportunité d'entrer chez « Vert Marine » et de gérer cet équipement qui allait naître. Je n'ai pas beaucoup hésité parce qu'une offre comme ça ne se présente pas tous les jours ».
 Il y a à peine trois ans, le quintuple champion de France, d'abord chez les Dragons de Rouen puis chez les Scorpions de Mulhouse, range donc crosses, casque et gants dans un placard. Bref, toute sa panoplie de défenseur.
 Il y a ajouté ses trophées et ses souvenirs. Sa trentaine de sélection en équipe de France, ses trois championnats du monde seniors, ses deux « Mondiaux » juniors et les images des Jeux Olympiques d'hiver à Salt Lake City en 2002 disputés le coq sur la poitrine.

« L'ouverture de la patinoire
m'a mangé tout mon temps »

 Un C.V. à faire pâlir n'importe quel joueur de l'effectif actuel et une expérience dont aurait pu bénéficier l'Étoile Noire en Magnus. On ne peut évidemment s'empêcher de penser ça et de lui dire, on n'est pas les premiers.
 « Il faut être lucide, je n'aurai eu ma place qu'à la seule condition de m'entraîner autant que les autres, dit-il pourtant. Là, j'aurais fait quoi ? Je me serais entraîné une fois sur deux, j'aurais été mauvais et au final tout le monde aurait été déçu, le club, les spectateurs et moi. L'ouverture de la patinoire m'a mangé toute mon énergie et tout mon temps depuis deux ans, je ne pouvais rien envisager d'autre ».
 Alors de temps à autre, pour pallier le manque qui le tenaille quand même, il s'offre quelques séances de shoots en solitaire. L'été surtout, en soirée, quand la patinoire est désertée. Le reste de l'année, c'est le nez dans le guidon, sans beaucoup le relever.
 « Je suis passé de deux heures d'entraînement par jour en tant que joueur, c'est à dire obnubilé par l'aspect sportif avec simplement ma personne à gérer, à 15 h de travail par jour et 19 employés à manager, ce n'est plus tout à fait pareil. Sans parler des difficultés au quotidien qu'il y a à lancer un gros vaisseau comme celui-ci ».
 Il est vrai que pour une première expérience, l'ancien Rouennais (il a passé 24 ans dans son club formateur) a été servi. Avec rien moins pour débuter que la première patinoire de France. En terme de surface de glace (160 m²) comme de fréquentation. Une sacrée formation accélérée.
 « La première année, nous avons réalisé 150 000 entrées, explique-t-il, et il a fallu gérer cet afflux, que les choses se mettent en place. Régler les soucis de files d'attente qu'il y avait à l'ouverture et assurer la sécurité des usagers. Tout ça a été fait, à tel point qu'aujourd'hui nous avons un taux de satisfaction de 90 % chez les usagers ».

Un autre défi de taille

 Désormais cet énorme paquebot, enfin cet iceberg, a trouvé sa vitesse de croisière. Et bouclé une deuxième année moins dense que la première, mais tout de même très satisfaisante (« La baisse a été générale, 8 à 10 % chez nous, ailleurs c'est plutôt 20 à 30 % »).
 Aujourd'hui, et à trois ans de la fin de délégation de service public octroyée par la CUS, il lui reste un autre défi, de taille, à assurer : la pérennité du bâtiment.
 « Il faut qu'il reste dans cet état et c'est une bataille de tous les jours, explique le directeur du site. Il y a l'humidité naturelle qu'il faut combattre, mais aussi les dégâts liés aux coups de patins sur les murs ou les moquettes, etc. Le ménage est une tâche importante dans ce genre d'équipement ». Comme au hockey quand on joue en défense finalement...

Pascal Coquis

Édition du Jeu 17 jan. 2008

 


Allan Cariou a rangé sa panoplie de joueurs il y a un peu plus de deux ans. Pour endosser le costume de directeur de la patinoire de l'iceberg. (Photo DNA)

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© Dernières Nouvelles d'Alsace - 2008